Expérimentation Théâtrale

Laure Tourneur et Adèle Cooken mènent ensemble des projets dont le point commun est un intérêt particulier pour la littérature.

Toutes deux comédiennes, leurs parcours sont complémentaires. Celui de Laure Tourneur mêlant théâtre, philosophie et écriture ; celui d’Adèle Cooken mêlant théâtre, musique et danse.

Dans leurs collaborations, les rôles ne sont pas figés. Tour à tour, elles sont sur les planches, tour à tour, à la mise en scène.

Pour ce projet, Laure prêtera sa voix au discours amoureux de Barthes, Adèle son regard.

Ce temps de laboratoire au Cloître est pour chacune l’occasion de chercher autour d’une œuvre de façon scientifique mais aussi ludique et d’expérimenter la résonnance de cette recherche avec le public.

 

 

Projet en résidence :

 

Né en 1915 Roland Barthes compte parmi les grandes figures de la pensée structuraliste en France qui, aux côtés de Jacques Derrida et Gilles Deleuze, se propose de penser l’homme à partir des structures du langage. Pour cet écrivain et philosophe, l’activité structuraliste consiste précisément à découper et agencer des « fragments » de sens, afin d’explorer l’imaginaire et le rendre intelligible.

Son célèbre essai, Fragments d’un discours amoureux, publié en 1977 s’est imposé à Laure Tourneur et Adèle Cooken par la singularité et la force de son propos. De toute évidence, pour elles, une œuvre à porter sur la scène d’un théâtre.

 

Voici ce qu’en dit l’auteur :

 

« La nécessité de ce livre tient dans la considération suivante : que le discours amoureux est aujourd’hui d’une extrême solitude. Ce discours peut être parlé par des milliers de sujets (qui le sait ?), mais il n’est soutenu par personne ; il est complètement abandonné des langages environnants : ou ignoré, ou déprécié, ou moqué par eux, coupé non seulement du pouvoir, mais aussi de ses mécanismes, que sont les sciences, les savoirs, les arts. Lorsqu’un discours est de la sorte entraîné par sa propre force dans la dérive de l’inactuel, déporté hors de toute grégarité, il ne lui reste plus qu’à être le lieu, si exigu soit-il, d’une affirmation. Cette affirmation est en somme le sujet du livre qui commence.

Tout est parti de ce principe : qu’il ne fallait pas réduire l’amoureux à un simple sujet symptomal, mais plutôt faire entendre ce qu’il y a dans sa voix d’inactuel, c’est-à-dire d’intraitable. De là le choix d’une méthode « dramatique », qui renonce aux exemples et repose sur la seule action d’un langage premier. On a donc substitué à la description du discours amoureux sa simulation, et l’on a rendu à ce discours sa personne fondamentale, qui est le « je », de façon à mettre en scène une énonciation, non une analyse. C’est un portrait, si l’on veut, qui est proposé, mais ce portrait n’est pas psychologique ; il est structural : il donne à lire une place de parole : la place de quelqu’un qui parle en lui-même, amoureusement, face à l’autre – l’objet aimé – qui ne parle pas. »

 

Comment se saisir de ces fragments de discours, de ce langage ?

Durant la résidence, les deux artistes prendront appui sur des analyses de Didier Eribon et Eric Marty pour en dégager des outils de transposition de l’œuvre littéraire vers la scène.

Le temps de rencontre avec le public en fin de résidence est aussi primordial. C’est l’occasion d’éprouver si les axes de recherches sont pertinents, si le lien s’établit entre l’œuvre et les personnes présentes.

 

Dimanche 10/11 : conférence de Laurent Dumoulin et lecture d’extraits choisis et travaillés durant la première semaine de résidence.

Vendredi 15/11 : soirée de clôture de résidence sous forme de piste d’essais. Les artistes invitent des personnes qui viendront présenter leur démarche (écriture de roman, musique). Soirée conviviale et festive.

© 2018 Le[cloitre]

12, rue des Dominicains 1000 Bruxelles, Belgique

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