[Cabinet Double Mafia] Arianna Musetta/Marci Sobolev

Pour sa deuxième résidence, Le/[Cloître] a le plaisir d'accueillir le Cabinet Double Mafia, duo de plasticiens réunissant Arianna Musetta, d’origine napolitaine et Marcin Sobolev, d'origines russe et polonaise. Pluridisciplinaires, ils puisent leur inspiration dans la multiplicité de leurs expériences nourries par un goût prononcé pour les voyages et les folklores des pays traversés. Installés au Cloître, au cœur de Bruxelles, ils ont choisi d’honorer la belgitude en se référant aux codes poétiques du plat pays qui est le leur.

 

La démarche du Cabinet Double Mafia se base sur l’apprentissage et l’expérimentation. Ils multiplient les expériences en s’attaquant à des techniques variées dont la peinture devient le liant. Ainsi, installations, fresques, décorations, céramiques viennent compléter un univers qui ne demande qu’à exister dans un champ plus large que celui de la peinture sur toile. Car leur art est à l’image de leur vie et ne cherche que les chemins de traverse. L’appellation Cabinet Double Mafia condense ce qui fait leur singularité et renvoie, non sans malice, à leurs origines respectives, napolitaine et russe.

 

Installés en résidence au /[Cloître], à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, le duo a mené une réflexion répondant à une double envie : celle de rendre hommage à la capitale, chère à leur cœur, et celle de prendre part à la volonté des initiateurs du projet /[Cloître] de redynamiser un quartier envahit de touristes et progressivement délaissé par les habitants locaux. Plastiquement, la tendresse que Bruxelles leur inspire se traduit dans un ensemble de 24 panneaux disposés tout le long de l’imposant mur de 13 mètres qu’offre le lieu. En guise de fond, les couleurs délavées du drapeau belge évoquent l’incontournable drache nationale et servent de support au déploiement d’une iconographie riche en symboles et motifs. Ils prennent place sur une trame dont le modèle se réfère volontairement au quadrillage visuel que forment les pavés bruxellois. Jouant sur des aplats colorés et contrastés, les artistes usent de formes aux contours nettement dessinés conférant un caractère naïf et fantaisiste à leurs compositions réalisées à quatre mains. L’association d’éléments juxtaposés sans concordance évidente, tel que le pratiquait les surréalistes, les inscrit dans une filiation belge qu’ils estiment. Chacun travaille de son côté et se permet d’intervenir ultérieurement sur ce que l’autre a tracé, sans qu’il n’y ait besoin d’une concertation préalable. Au final, bien rare est l’observateur capable de distinguer qui a peint quoi tant l’ensemble est équilibré et coule de source.

 

Cette exposition s’est présentée comme l’occasion rêvée de mettre en avant ce grain de folie et cet humour décalé et absurde que l’on reconnaît aux Belges sans pour autant parvenir à les définir ou à les circonscrire. Tout est une question d’état d’esprit… Ainsi, une installation non dénuée d’ironie et pétrie de second degré prend place dans la cave voûtée de la résidence. Sans tourner en dérision les croyances païennes ou les religions, il est question ici de vénération. S’inspirant de leurs observations et vécus – relevons le caractère superstitieux inscrit dans la culture napolitaine dans laquelle Arianna a grandi –, le duo s’approprie les codes propres à l’adoration et à la dévotion que suscitent les saints et autres divinités. Il en résulte qu’ils décident de rendre un hommage souriant à la déesse des chats. Le choix du chat s’est imposé de lui-même. S’il est considéré comme un animal sacré depuis l’Egypte ancienne, il occupe une place de choix dans leur vie, via l’intrépide Maxou, et se retranscrit en toute logique dans leur art sous la forme d’une icône vénérable. La mystérieuse déesse dont l’identité ne peut se dévoiler tant elle incarne avec candeur la belgitude, est logée au creux d’un autel parsemé d’offrandes, de fleurs et de végétaux. Les références à la nature revêtent également une part importante du travail des Double Mafia, deux âmes riches de mondes multiples dont les planètes semblent s’être alignées au bon moment pour donner vie à un univers onirique et poétique où ils ne font plus qu’un.

Camille Brasseur, 2018

© 2018 Le[cloitre]

12, rue des Dominicains 1000 Bruxelles, Belgique

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